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PARIS, vendredi 02 avril 2010

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a annoncé, hier jeudi, l'ouverture des Agences régionales de santé (ARS), au travers desquelles élus, usagers et professionnels médicaux auront un "droit de regard", et "même un droit d'intervention" dans les politiques mises en oeuvre, a-t-elle assuré.

Ces 26 ARS - soit une par région- vont être chargées de coordonner l'ensemble de la politique de santé et médico-sociale dans les régions sous le contrôle d'un directeur, véritable "préfet sanitaire", nommé en conseil des ministres. Les ARS unifieront les actuelles Agences régionales d'hospitalisation (ARH), mais également les Directions régionales des affaires sanitaires et sociales (DRASS) ou encore les Unions régionales des caisses d'assurance-maladie (URCAM).

Elles vont se mettre progressivement en place et devront définir "au plus tard d'ici 18 mois, c'est-à-dire à la fin de l'été 2011", un projet régional de santé, a précisé la ministre lors d'une conférence de presse.

Ce délai doit permettre de mener "d'authentiques concertations" afin de "proposer des pistes novatrices permettant d'offrir à nos concitoyens une offre sanitaire et médico-sociale plus accessible, de qualité et plus efficiente".

D'ici là, et dès 2010, les ARS devront "apporter des améliorations tangibles et concrètes", aux "besoins" et aux "aspirations" des citoyens, notamment en matière de permanence des soins.

Pour Roselyne Bachelot, "les ARS corrigent les deux principaux défauts de notre système de santé: sa gestion trop cloisonnée et une excessive centralisation". "Elles unifient le service public régional de santé, hier encore éclaté en dix services de l'Etat et de l'Assurance-maladie".

"Les élus locaux, les professionnels de santé, les partenaires sociaux, les usagers -qu'ils représentent les patients, les personnes âgées, ou les personnes handicapées- vont pouvoir participer à la préparation et à l'évaluation de l'ensemble des politiques de santé menées dans une région", a assuré Mme Bachelot.

"Je veux le redire: ce droit de regard et même ce droit d'intervention dans les politiques de santé, ce concept est inédit dans l'histoire de notre pays", a-t-elle ajouté.

Qu'il s'agisse de conseils de surveillance, de conférences de territoire ou conférences de santé et de l'autonomie, ces différentes instances seront mises en place "d'ici le mois de juin", sauf pour les conférences de territoire qui verront le jour "à la rentrée", de septembre.

Du côté des professionnels et des syndicats, les opinions sont assez partagées.

Ainsi, la CGT y voit l'outil d'une "maîtrise purement comptable des dépenses de santé". Dans un communiqué, le syndicat juge notamment que "l'administration se met en ordre de marche pour fermer des services et supprimer des milliers de lits dans les établissements de santé".

La création des ARS "part d'un bon sens, avec une unité de gestion du dispositif de santé. On pourra enfin penser de façon cohérente le système", a pour sa part déclaré à l'Associated Press le Dr Vincent Rebeille-Borgella, secrétaire général de MG-France, majoritaire chez les médecins généralistes. "Maintenant, à chacun d'être responsable pour en faire une utilisation intelligente".

Pour la secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux de la CFDT, Nathalie Canieux, "c'est un outil intéressant. Après, tout dépend comment on s'en sert". Mais elle estime que la "mise en place est un petit peu précipitée puisqu'il s'agit d'une réforme très lourde qui vise à regrouper santé et médico-social".

L'urgentiste Patrick Pelloux évoque, lui, une "immense usine à gaz".


(Associated Press)